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Vie économique

Marquée par le monde agricole et les productions afférentes (fromage, viande, etc.), l’Auvergne est également une terre de savoir-faire où les minutieux travaux des artisans se sont développés depuis la poterie de l’époque antique jusqu’à nos jours. Parallèlement, la Région a vu l’essor depuis deux siècles de grandes industries, parmi lesquelles la célèbre manufacture de pneumatiques.

IIe siècle –  Les poteries arvernes inondent le monde antique

Les potiers de Lezoux, à l’est de Clermont, inondent l’Empire de leurs productions. La fabrication de poterie sigillée commence en fait dès le premier siècle de notre ère, mais subit la concurrence des ateliers de Millau. Au début du second siècle, l’usage d’une argile calcaire permet l’application d’un vernis étanche qui relance la production et crée un véritable effet de mode. Plus de cent vingt hectares sont consacrés à cette industrie, et l’on connaît par leur signature les noms de plus d’un millier de potiers. Certains fours permettent la cuisson de plusieurs milliers de poteries à la fois. Cette étonnante et encore largement mystérieuse réussite industrielle décline ensuite lentement pour s’éteindre au début du ve siècle, en même temps que l’Empire romain. De très belles pièces son présentées au musée de la Céramique de Lezoux (Puy-de-Dôme).

 

1640 – Saint François Régis défend les dentellières du Puy

Pour des raisons vaguement religieuses et économiques, un édit du parlement de Toulouse avait interdit la fabrication de dentelles, laissant des centaines de femmes du Puy sans activité. Mais le père Régis obtint la révocation de cet édit délétère et la fabrication reprit de plus belle.

La dentelle du Puy est mondialement connue. Elle se réalise sur un métier portatif nommé « carreau » et constituait une activité domestique pour de nombreuses femmes qui, ainsi, participaient à l’économie du foyer. La mère transmettait son savoir-faire à ses filles dès leur plus jeune âge. L’évolution de la mode sera la cause principale du déclin de cette industrie au tout début du xxe siècle, malgré certaines tentatives de sauvetage.

 

1850 – Développement effréné des thermes auvergnats.

Les eaux du Massif central étaient déjà célèbres à l’époque gallo-romaine, même s’il semblerait que les sources étaient davantage utilisées dans un but cultuel que thérapeutique. Au xvie siècle, Ronsard disait d’une maîtresse qu’elle avait plus de beautés « que l’Auvergne n’a de fontaines ». En 1768, les filles de Louis XV viennent prendre les eaux à Vichy, témoignant de leur célébrité à l’échelle nationale dès avant la Révolution, mais c’est surtout au xixe siècle que le thermalisme se développe pour devenir une véritable industrie. En 1850 on comptait, à Vichy, 1 500 lits pour les curistes. Ce sont les fréquents séjours de Napoléon III qui assirent définitivement la gloire de Vichy, comme l’affirmait l’un de ses ministres : « Si Vichy ne fait pas de bien à l’empereur, on peut dire que l’empereur fait du bien à Vichy. »

 

1853 – Renaissance de la vache salers

C’est à partir d’une race existante dans le canton de Salers (15), et déjà remarquée par quelques agronomes, que Tyssandier d’Escous lance le premier concours de sa nouvelle sélection en 1853. La salers devient vite très recherchée et se répand dans tout le Cantal et au-delà. Animal rustique, qui vêle facilement et résiste aux écarts de température fréquents en montagne, on reconnaît la salers à sa robe acajou (qui peut aller cependant jusqu’au noir), ses cornes en forme de lyre et sa démarche à la fois puissante et gracieuse. Elle est devenue le symbole d’une région, et seule lui résiste la vache aubrac, dans le sud-est du Cantal, reconnaissable à ce bel œil cerné de noir qui lui donne l’air de s’être maquillée. Le Puy-de-Dôme essaie de maintenir quant à lui sa race traditionnelle, la ferrandaise, probablement cousine de la salers, mais qui fut presque détruite par la mise en culture massive des gras pâturages de Limagne. Le herd-book de la race (son standard) est fixé en 1905, mais en 1977 il ne restait plus que quatre cents animaux de race pure. Aujourd’hui, une courageuse « Association de sauvegarde de la race bovine ferrandaise » tente de maintenir l’existence de ce patrimoine.

 

1898 – Apparition du Bibendum Michelin

Tout le monde connaît le célèbre bibendum Michelin, personnage fait de plusieurs pneus empilés symbolisant l’entreprise clermontoise. L’aventure commence en 1832, quand Édouard Daubrée et son cousin Aristide Barbier ajoutèrent le commerce du caoutchouc à leur activité de fabricant de machines agricoles. Mais ce sont les frères Michelin, André et Édouard, petits-fils d’Aristide Barbier, qui développent considérablement la production en inventant le « pneu démontable ». En même temps ils participent à l’essor du tourisme en créant divers guides demeurés célèbres. On compte 500 ouvriers en 1903, 3 500 en 1911 et plus de 5 000 à la veille de la Première Guerre mondiale. L’« esprit Michelin » évoque une politique de prise en charge des ouvriers à tous les niveaux de la vie et un système performant de promotion interne.

Cette étonnante success story, mêlée à l’impact visuel des murs d’enceinte et des rampes de lancement de l’usine, a fait parfois surnommer Clermont « Michelinville ».

1900 – Le phylloxéra signe la fin du vignoble auvergnat

L’histoire du vin en Auvergne remonte probablement fort loin. En Limagne, de nombreuses églises possèdent une statue de saint Verny, représenté avec une grappe de raisin dans la main ou avec un tonnelet à ses pieds. On raconte qu’à Romagnat (63), sous Louis XV, le vin était tellement abondant qu’on l’utilisait à la place de l’eau pour faire le mortier… Les poètes Vermenouze et Gandilhon Gens-d’Armes ont chanté l’amour immodéré de l’Auvergnat pour le vin…

La vigne fut au xixe siècle l’une des industries rurales les plus prospères de l’Auvergne, surtout  à partir des années 1870, quand le phylloxéra s’attaqua aux vignobles du Midi et laissa le champ libre aux vins de Limagne. De Clermont à Brioude, la vigne régnait en maître dans le paysage. Mais la maladie gagna l’Auvergne dès les années 1885 et brisa net l’élan, d’autant que le Midi était alors en train de reconstituer son vignoble et finit même par surproduire, faisant s’écrouler les prix. Dès lors, la fabrication du vin devint moins intéressante et les vignes ne furent pas replantées : de 40 000 ha vers 1880, dans le Puy-de-Dôme, la vigne passe à 27 000 en 1904 et 14 000 en 1928. Aujourd’hui, une petite production perdure et quelques vins honnêtes perpétuent la tradition.

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