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Les arts

Si l’Auvergne est un berceau incontestable de l’art roman, notre Région compte également de magnifiques édifices gothiques. Sculpteurs, peintres et musiciens y ont trouvé de tout temps l’inspiration pour y créer de grands chefs-d’œuvre.

1110‑1150 – Un art roman typiquement auvergnat

On appelle « art roman » un art de bâtir et de sculpter qui naît autour de l’an mil et se répand un peu avant 1100 en Auvergne comme partout en Europe. Caractérisé par des arcs et des voûtes en plein cintre (« arrondis »), un nombre limité d’ouvertures et une forte muralité des structures, sans oublier une sculpture luxuriante et souvent étonnante, l’art roman est particulièrement à l’honneur en Auvergne, qui compte plusieurs centaines d’édifices de ce style, de la grande église urbaine (Notre-Dame-du-Port à Clermont) à la modeste chapelle rurale. Bien que la théorie des « écoles régionales » d’architecture, forgée au xixe siècle, soit aujourd’hui largement abandonnée, il paraît difficile de ne pas remarquer les impressionnantes similitudes entre plusieurs grandes églises de la région de Clermont que l’on a nommées les « églises majeures » d’Auvergne : Notre-Dame-du-Port, Orcival, Saint-Nectaire, Saint-Saturnin et Issoire. Tous ces édifices partagent en effet une structure et des éléments décoratifs fortement caractérisés que nous ne retrouvons pas ailleurs en France. C’est d’abord le fameux « massif barlong » du transept, au-dessus de la coupole et soutenant le clocher, qui donne à toutes ces églises un air de famille indéniable. Deux éléments décoratifs sont également typiques : les modillons à copeaux (pierres soutenant la corniche du toit, à l’extérieur, présentant des enroulements ressemblant à des copeaux de bois) et mosaïques de pierres incrustées dans les murs. De nombreuses petites églises de basse Auvergne, mais beaucoup moins en haute Auvergne, présentent tout ou partie de ces éléments et peuvent se rattacher à cette mouvance.Apparu en Auvergne un peu avant 1100 (nous ne disposons d’aucune date précise), l’art roman s’éteint un siècle plus tard, remplacé par la nouvelle mode du gothique venue du Nord.

Mais l’art roman ce n’est pas seulement des murs et des voûtes, c’est aussi une sculpture, et l’Auvergne apparaît là encore comme particulièrement bien pourvue : les thèmes décoratifs  voisinent avec des thèmes religieux illustrant les Écritures mais aussi des thèmes moraux ou profanes. Particulièrement locaux semblent être les motifs du supplice de l’avare, reconnaissable à la bourse qu’il porte au cou, et du « singe cordé », où un anthropoïde est tenu en laisse par un homme. Les artistes de l’époque ne nous ayant laissé aucune « notice explicative », les interprétations les plus fantaisistes n’ont pas manqué de fleurir… Certains remarquent également que la représentation du supplice de l’avare est particulièrement adaptée à l’Auvergne !

Au-delà des grands chantiers de basse Auvergne, signalons les belles églises des autres départements : Mauriac, Brageac, Roffiac ou Dienne pour le Cantal ; Brioude, Blesle, la cathédrale du Puy et son cloître pour la Haute-Loire ; Saint-Menoux, Fleuriel, Souvigny pour l’Allier, où nous retrouvons l’influence de la proche Bourgogne.

Enfin, l’époque romane a vu le développement en Auvergne d’une statuaire de premier ordre, à partir de la Vierge en majesté de Clermont datée de 946, disparue, mais que nous connaissons par un dessin. Ces Vierges en majesté romanes sont célèbres dans le monde entier : Orcival, Chauriat, Heume-l’Église (63), Moussages, Molompize (15), Monistrol-d’Allier, Brioude (43)… Quant aux « Vierges noires », aussi célébrées que mystérieuses, elles n’ont rien à voir avec l’époque romane.

 

1248 – Reconstruction de la cathédrale de Clermont

C’est dans le style gothique de la France du Nord que l’architecte Jean Deschamps réédifie la cathédrale de Clermont. Cet immense chantier va s’étendre sur une longue période, puisque l’église n’est qu’à moitié finie en 1273 tandis que les parties hautes ne sont achevées que vers 1334. La façade romane subsistera même jusqu’au xixe siècle, mais en 1855 Viollet-le-Duc propose enfin un plan d’achèvement et prévoit des tours (construites en 1870) culminant à plus de cent mètres.

La cathédrale de Clermont correspond parfaitement à l’esprit des édifices gothiques qui fleurirent au xiiie siècle dans le nord de la France, avec d’immenses verrières et de gracieux arcs-boutants. Le Picard Jean Deschamps maîtrisait parfaitement cet opus francigenum que l’on retrouve, par exemple, à Notre-Dame de Paris. Une différence de taille est cependant introduite par le matériau lui-même, la locale et noire pierre de Volvic qui donne à la cathédrale de Clermont cette allure que certains jugent mortuaire… Mais il faut rappeler que les murs, à l’intérieur, étaient probablement peints d’une couleur plus avenante. C’est cette lave de Volvic, ou sa proche parente de Bouzentès, près de Saint-Flour, qui va donner, à partir du xiiie siècle, leur forte personnalité à de nombreux monuments auvergnats.

 

1344 – La Chaise-Dieu, une abbatiale majeure dans le style gothique

Cette reconstruction est voulue par le pape Clément VI et confiée à l’architecte Hugues Morel, du Puy. Sa réalisation « est un chef-d’œuvre de réflexion et d’amalgame par un architecte cultivé qui connaît bien l’art de bâtir contemporain et l’applique avec rigueur et subtilité » (Anne Courtillé). Le style plus sobre, les volumes plus simples, l’absence d’arcs-boutants marquent une différence avec la cathédrale de Clermont construite un siècle plus tôt, et se rapprochent d’une architecture plus méridionale.

 

1498 – Le triptyque du Maître de Moulins

Cette œuvre de premier ordre, d’un auteur anonyme, fut commandée par les ducs de Bourbon pour la collégiale de Moulins vers 1498. Une « Vierge en gloire entourée d’anges » occupe le panneau central tandis que les donateurs figurent sur les volets latéraux : Pierre II de Bourbon à gauche, vêtu de son manteau ducal rouge doublé d’hermine et présenté par son saint patron ; Anne de Beaujeu à droite, son épouse, présentée par sainte Anne et accompagnée de sa fille Suzanne. Les visages sont suffisamment personnalisés pour laisser deviner une part de la personnalité des donateurs, mais c’est surtout la sûreté du trait et la qualité de la palette qui forcent l’admiration, rappelant l’école flamande.Ce triptyque témoigne de la prospérité de la ville de Moulins à la fin du Moyen Âge, alors que la cité ne s’est développée qu’assez tard, au xiiie siècle. Élevée au rang de duché et de pairie en 1327, la seigneurie de Bourbon ne fera que croître et sa capitale, Moulins, sera sous Pierre II et grâce à son mécénat particulièrement éclairé, un centre culturel brillant et la plus importante principauté féodale de France (avec le duché de Bretagne).

Le triptyque est aujourd’hui conservé dans la cathédrale Notre-Dame.

 

1883 : Emmanuel Chabrier « Je rythme ma musique avec mes sabots d'Auvergnat. »

Né à Ambert le 18 janvier 1841 et mort à Paris le 13 septembre 1894, Chabrier composa de nombreuses musiques dans des styles très variés : opéras inspirés de Wagner (Gwendoline),  mélodies d'opérette (Duo de l'ouvreuse de l'Opéra-Comique et de l'employé du Bon Marché), mélodies traditionnelles (Les plus jolies chansons du pays de France), et autres fantaisies amusantes (Ballade des gros dindons). Inspiré par la bourrée traditionnelle, il écrivit également ses Pièces pittoresques ou encore une Bourrée fantasque. Sa façon de jouer du piano est restée célèbre : « Le spectacle de Chabrier s’avançant du fond d’un salon orné de femmes élégantes vers l’instrument et exécutant España en un feu d’artifice de cordes cassées, de marteaux en miettes et de touches pulvérisées, était chose de drôlerie inénarrable, qui atteignait à la grandeur épique » (Alfred Bruneau).

Il fut en outre l’ami des peintres Renoir, Monet et Manet, qu’il admirait et dont il possédait les œuvres. Il eut une certaine influence sur de nombreux jeunes compositeurs français, tels que Claude Debussy, Maurice Ravel et Francis Poulenc.

Il est intéressant de noter que sa rhapsodie España, certainement sa pièce la plus célèbre, fut adaptée en 1956 aux Etats-Unis et devint un tube très populaire de l’époque.

Très attaché à l’Auvergne, Emmanuel Chabrier disait de lui-même : « Je rythme ma musique avec mes sabots d'Auvergnat. »

 

1888 : un premier train emprunte le viaduc de Garabit.

Cet ouvrage architectural et ferroviaire majeur a été inspiré par l’ingénieur Léon Boyer en 1879 et fut réalisé par la société de Gustave Eiffel entre 1880 et 1884. Il devait permettre de relier la ligne Marvejols (Lozère) à  Neussargues (Cantal) en enjambant la Truyère, rivière affluent du Lot. Perché à 120 mètres au-dessus de l’eau, le viaduc impressionne par sa structure en fer (un tablier métallique long de 564,85 m reposant sur sept piles en fer puddlé), et par l’ingéniosité déployée par ses concepteurs pour surmonter les obstacles imposés par la nature. Entre les deux plateaux distants de 500 mètres que relie le viaduc, les travaux durent s’effectuer contre des rafales de vent extrêmement violentes. 

L’originalité de l’ouvrage et la méfiance dont il fit l’objet au départ lui valurent d’attendre deux ans avant d’être effectivement mis en service et de voir passer un train. Une tradition locale rapporte que le premier à traverser le viaduc pour en tester la solidité fut un condamné à mort…

Quatre ans après la réalisation du viaduc de Garabit, Eiffel construira une tour parisienne de 300 mètres restée quelque peu célèbre…

 

1890 – Une nouvelle église romane auvergnate à Clermont 

À partir des années 1880 commence la construction à Clermont de l’église Saint-Joseph, dans le plus pur style néoroman « auvergnat ». Cet étonnant et fort réussi (quoique inachevé) pastiche des églises romanes majeures d’Auvergne témoigne des progrès de l’esprit régionaliste et du goût nouveau pour le patrimoine. On retrouve à Saint-Joseph, en effet, toutes les caractéristiques des grandes églises d’Auvergne (Notre-Dame-du-Port, Issoire, Orcival…) : modillon à copeaux, mosaïques de pierres, triplet dans le transept, composés d’un arc en mitre (pointu) encadré par deux autres en plein cintre (arrondis)… Ce monument montre à quel point le xixe siècle s’est pensé en référence au passé, et comment l’Auvergne a construit une part de son identité grâce à l’exaltation de l’art roman local.

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