« Derrière les murs »
Tournage avec Laetitia Casta du premier film français en 3D
Alors que le relief 3D est en train de se dessiner un avenir dans le paysage cinématographique français, Julien Lacombe et Pascal Sid ont co-réalisé « Derrière les murs », avec Laetitia Casta. C'est le premier film du genre tourné dans l’Hexagone, co-financé par la Région Auvergne.
Soutenu par la Région Auvergne dans le cadre de sa politique de soutien à la création cinématographique, "Derrière les murs" a été présenté en avant-première mardi 21 juin au Ciné Dyke (21 h), au Puy-en-Velay, et mercredi 22 juin au cinéma Le Gergovie à Cournon (19 h) et au Ciné Dôme à Aubière (20 h).
Cette fois, la bicyclette n’est pas bleue, mais bordeaux*. Sanglée dans une veste d’hiver marron, élégamment chaussée de bottines bicolores à boutons sur lesquelles flotte sa jupe-culotte, Laetitia Casta, alias Suzanne, s’avance lentement à côté de son grand vélo. Le crissement du gravier sous les roues crève le silence imposé sur la place d’un village qui pourrait être n’importe où dans une France du début des années 20. Près de la fontaine en eau, à l’ombre de murs en pierres apparentes où seul un panneau en métal rouge vantant le bouillon Kub date l’époque, elle s’immobilise.
Le responsable des gendarmes vient de l’interpeller. Cambré dans son habit bleu et le sourcil crispé, il l’entretient d’un problème… « Fillettes disparues », « remarqué quelque chose »… La jeune femme jette des regards inquiets alentour, lisse une mèche ondulée échappée de l’impeccable chignon bas. Elle doit incarner, trouver les gestes que ferait une jeune romancière, nouvellement arrivée dans ce village pour y chercher l’inspiration, cette intellectuelle introvertie et discrète qu’un interrogatoire, même déguisé sous la banalité de la rencontre informelle, pourrait gêner, en plein centre de ce bourg qui bruisse déjà de sa présence inopinée.
« Coupez ! » La pluie tombe en bruine vaporeuse en ce mois de juin anormalement froid, on apporte un parapluie et un pardessus à Laetitia Casta, on retravaille un peu sa coiffure. Elle s’est rapprochée de l’assistante, sourit un peu, tournant le dos à la place autour de laquelle sont massés les figurants et attendant la prochaine prise.
« Elle nous bluffe chaque jour »
Si Blassac, petit village perché au-dessus de Lavoûte-Chilhac, en haute-Loire, a été choisi parmi les 350 que les réalisateurs et la production ont visités avant de tourner, c’est pour son authenticité. « On n’a presque rien eu à faire », explique Mathieu Verhaegue, directeur de production pour Sombrero Films (qui a notamment produit le thriller Captifs, Mères et Filles de Julie Lopes-Curval ou Brodeuses d’Eléonore Faucher, Grand Prix de la semaine internationale de la critique à Cannes en 2004). « Les lignes électriques étant enterrées, on a tout de suite eu l’impression d’un village préservé de toute modernité. » Un splendide monument aux morts, où s’alignent quantité de noms, a seulement été installé face à l’ancienne grange transformée en épicerie. Chez « Paul Ferrandier », un bric-à-brac, quelques étagères branlantes et une pancarte moraliste (« Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place ») suffisent à planter le décor. C’est Jacques Bonnaffé qui joue l’épicier. Tandis que l’acteur Roger Dumas campe le prêtre, Thierry Neuvic incarne un ancien habitant revenu au village et qui va vivre une histoire avec la jeune romancière.
Si le casting masculin est marqué par le professionnalisme, « la » Casta ne récolte pas moins de louanges, en premier lieu par les réalisateurs qui avaient un temps imaginé confier le rôle à Amira Casar. « Nous sommes très contents d’avoir fait le choix de Laetitia Casta, affirme Julien Lacombe. Elle nous bluffe tous les jours par son jeu. » Philippe, figurant clermontois dont on a roussi la moustache avant de lui coller un képi de gendarme, raconte qu’elle n’a parlé à aucun des figurants mais, habitué qu’il est désormais des tournages, ne semble pas s’en offusquer. Pour Paul, enseignant à la retraite venu du Puy-en-Velay pour incarner un des paysans du village, il y a eu le choc de la voir en chair et en os, mais il la trouve finalement nettement moins intimidante que sur papier glacé.
Après trois semaines de tournage en région Auvergne, (le Conseil régional soutient le projet à hauteur de 100 000 €), l’équipe a rejoint la semaine dernière la région Poitou-Charentes, autre partenaire institutionnel. C’est à Ternay, entre Tours et Poitiers, que sont actuellement tournées toutes les scènes qui se déroulent dans le sous-sol de la maison, là où Suzanne a choisi de s’installer pour écrire… et là que ce « film d’ambiance fantastique », tel que le définissent ses réalisateurs, prend toute sa dimension psychologique. Distribué par Bac Films et diffusé par Canal+ et CinéCinéma, Derrière les murs sortira sur les écrans en 2011. Une avant-première sera alors organisée en Auvergne, en présence de l’équipe de réalisation.
La 3D au service du drame psychologique
Mélancolie, angoisse et surnaturel : ces trois mots résumeraient la trame de Derrière les murs. « Nous avons voulu faire un film d’ambiance fantastique, résume Julien Lacombe, co-réalisateur de Derrière les murs avec Pascal Sid, à la façon des Autres d’Alejandro Amenábar. » Au lieu d’un manoir et des années 40, le surnaturel se manifeste dans la cave d’une vieille maison de bourg, à travers de drôles d’apparitions dont est témoin l’héroïne. « Il faut différencier ce qui relève du surnaturel de ce qui touche à la psychologie. Mais je pense que c’est plutôt le surnaturel que retiendront les spectateurs. » Dès lors, « la 3D alimente cet aspect du film, ajoute des éléments afin que le spectateur se sente davantage dans l’ambiance. »
Financièrement, le surcoût par rapport à un tournage classique est de 30 %, ce qui a porté le budget de Derrière les murs à 3,7 millions d’euros. Techniquement, il s’agit de faire tourner deux caméras en simultané dans le même axe, séparées par un miroir sans tain. « Le tournage est plus long, poursuit le réalisateur. On fait moins de plans, mais on découpe plus. » Pour eux, en dehors de l’apport indéniable de la 3D à leur scénario, ce tournage est un galop d’essai, en attendant la réalisation d’un plus gros projet en préparation, avec MK2.
(*) Voir la précédente filmographie de Laetitia Casta :
Pour le cinéma :
- 1999 : Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi (Falbala)
- 2000 : Gitano de Manuel Palacios (Lucía Junco)
- 2001 : Les Âmes fortes de Raoul Ruiz (Thérèse)
- 2002 : Rue des plaisirs de Patrice Leconte (Marion)
- 2003 : Errance de Damien Odoul (Lou)
- 2006 : Le Grand Appartement de Pascal Thomas (Francesca)
- 2007 : La Jeune Fille et les Loups de Gilles Legrand (Angèle)
- 2008 : Nés en 68 d'’livier Ducastel et Jacques Martineau (Catherine)
- 2009 : Visage de Tsai Ming-liang (la star et Salomé)
- 2010 : Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar (Brigitte Bardot)
- 2000 : La Bicyclette bleue de Thierry Binisti, trois épisodes, pour France 2 (Léa Delmas)
- 2004 : La Sanfelice des frères Taviani (Luisa Sanfelice)
- 2007 : Nés en 68 d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, film adapté en téléfilm de deux épisodes, pour Arte (Catherine)
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