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Carte blanche à Bertrand Tavernier

Le réalisateur Bertrand Tavernier est venu tourner deux fois en Auvergne, pour les films Holy Lola et La Princesse de Montpensier (nominé sept fois aux César 2011, et ayant obtenu le César des meilleurs costumes). Dans sa mémoire, la région est associée au cinéma, naturellement…

Bertrand Tavernier, que vous évoque l’Auvergne ?

L’Auvergne m’évoque les tournages des films Holy Lola, au Falgoux, au pied du Puy Mary et La Princesse de Montpensier, aux confins du Cantal et de l’Aveyron. Pour Holy Lola, dans lequel un médecin va adopter un enfant au Cambodge, je voulais produire un choc visuel. Je recherchais l’environnement le plus éloigné du grouillement d’une ville comme Phnom Penh. J’ai d’ailleurs emmené dans le Cantal Reasmey, mon régisseur cambodgien, qui a été vivement impressionné par cette nature et aussi par la charcuterie locale dont il est devenu un fanatique !

Cela a été pour moi le lieu de coïncidences troublantes, puisque j’ai découvert qu’il existait sur place un groupe de médecins qui avaient adopté des enfants au Cambodge. Puis j’ai appris que les élèves d’une petite école près de Mauriac, où je me trouvais, étaient en liaison avec des enfants cambodgiens, et ça m’a ému. Je me souviens de l’hospitalité des gens de l’hôtel, de discussions passionnées pour savoir ce qui de l’Avèze ou de la Salers était le meilleur à boire. Je suis revenu dans ce coin-là avec mon épouse visiter les églises, profiter des ambiances…

Quels types de lieux et de paysages vous inspirent ?

J’ai eu un choc en voyant le château de Messilhac, à Raulhac, et j’ai voulu y tourner une grande partie de La Princesse de Montpensier. Il y a là des extérieurs lyriques, grandioses, des panoramas à 360° vierges de tout accident moderne. Les productions renâclent souvent à s’embarquer dans votre région car l’avion ou le train vous laisse toujours à deux heures de voiture de l’endroit où vous souhaitez vous rendre. En contrepartie, il y a ces endroits sublimes, des paysages de western, ceux des films de John Ford qui m’ont donné envie, dès l’enfance, de devenir metteur en scène. J’en garde des souvenirs magnifiques, que n’ont pas gâchés les âpres négociations avec des paysans qui nous demandaient de l’argent pour nous autoriser à enlever et remettre les clôtures en fil barbelé…

Par ailleurs, les gens sont généreux, et d’une gentillesse qui n’existe pas dans des régions plus ouvertement touristiques. Pendant le tournage, j’ai lu dans La Montagne que le maire de Carlat, une localité voisine, voulait jumeler sa commune avec Bruni. Et il l’a fait depuis ! Aujourd’hui encore, lorsque je raconte cette anecdote, j’ai beaucoup de succès…

D’un point de vue gastronomique, goûtez-vous les spécialités auvergnates ?

Après le tournage de La Princesse de Montpensier, Jean-Luc Petitrenaud a invité, sur mon conseil, le charcutier, le boulanger, et le propriétaire de l’auberge du coin à cuisiner dans les cuisines du château de Messilhac. J’ai moi-même une passion pour les fromages d’Auvergne, le Salers, le saint-nectaire et la fourme d’Ambert. Je n’aime pas beaucoup les fromages de Parisiens… De temps à autre, je vais « À la ville de Rodez », un traiteur parisien chez qui je trouve du pounti…

Et d’un point de vue culturel, que retenez-vous de la région ?

À Clermont-Ferrand, vous avez le Festival du Court Métrage, une chose inégalée, mais aussi des salles d’art et d’essai qui défendent passionnément le cinéma. Et puis « Traces de vies », le festival de documentaire conduit par une association qui réalise un travail extraordinaire. Je suis venu récemment y défendre Lyon, le regard intérieur et La guerre sans nom. On a été merveilleusement reçu, et j’ai fait là des rencontres dont j’ai été vraiment content.

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Carte blanche à Bertrand Tavernier

Bertrand Tavernier sur le tournage de La Princesse de Montpensier

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