Retour accueil Auvergne.fr

Wakan Théâtre

« 1759, ça commence la Comédie ! »

Avec son spectacle « 1759, ça commence la Comédie ! », le Wakan Théâtre dévoile un pan oublié de l’histoire auvergnate : la naissance de la première Comédie de Clermont, l’un des tout premiers théâtres de province (détruit au début du XIXe siècle) construits en France, en 1759.

Au milieu du XVIIIe siècle, le théâtre est l’art le plus populaire qui soit. C’est aussi une époque riche en « idées nouvelles », auxquelles le roi Louis XV ne peut rester sourd. Depuis Richelieu, le pouvoir central censure, contrôle et limite le nombre de théâtres : jusqu’en 1748, il n’y en a pas plus de quatre, et tous sont installés dans la capitale. Il n’y a pas de lieux dédiés à l’art dramatique en province.

Dominique Touzé, directeur artistique du Wakan Théâtre, explique : « Louis XV séduit par La Pompadour, et bien obligé de se soumettre à l’Esprit de son temps, consentira à libérer la Scène, et plusieurs nouveaux théâtres fleuriront à Paris. En province, un premier théâtre est construit à Metz en 1752. Suivent Perpignan, Nancy, Montpellier, Lyon, Aix-en-Provence, et, en 1759, Clermont-Ferrand. ». La plupart des Auvergnats l’ignorent, mais Clermont-Ferrand a donc accueilli l’un des premiers théâtres français de province. Son emplacement était 10 rue Thomas, mais il ne reste rien de l’édifice original, la Comédie ayant été fermée puis détruite au début du XIXe siècle. D’où sa sortie de la mémoire collective clermontoise… Rappelons qu’à cette époque, Clermont comptait environ 24 000 habitants, ce qui en faisait une cité importante (il y avait 68 000 habitants à Marseille, et 114 000 à Lyon dans les mêmes années).

Un travail de recherche dans les archives, étalé sur un an et demi, a permis à Dominique Touzé, aidé par des étudiants et des chargés du patrimoine, de retrouver de nombreux documents, à commencer par les factures correspondant à la commande de la Comédie de Clermont. Elle investit, en fait, une ancienne « Salle du concert » transformée en salle de spectacle à mi-chemin entre les salles « à la française » (rectangulaire, pour la pratique du jeu de paume) et les théâtres à l’italienne, plus arrondis, avec encorbellements et balcons.

Les renseignements ainsi recueillis, ainsi que des dessins découverts dans les archives, ont permis à Dominique Touzé, avec la complicité de l’atelier d’architecture Panthéon, de réaliser un petit film en images de synthèse qui se présente comme une véritable visite guidée virtuelle des lieux, offrant une introduction on ne peut plus visuelle au spectacle du Wakan Théâtre « 1759, ça commence la Comédie ! ». On y découvre la Comédie telle qu’elle devait être, avec un souci du détail évident par rapport à la décoration, à l’architecture de la salle.

 
« Faire du théâtre avec l’histoire »

Dominique Touzé poursuit : « L’histoire de cette Comédie m’a intéressé, à plusieurs titres, et déjà en tant qu’homme de théâtre de province. Je m’inscris volontiers en filiation. En tout cas, c’est un des spectacles qui m’a demandé le plus de travail. Mais attention, on n’a pas voulu faire du théâtre historique, mais plutôt du théâtre avec l’histoire. Il y a beaucoup de réécriture, l’histoire est ici au service de la fiction. »

« 1759, ça commence la Comédie ! » se décompose en trois parties principales : d’une part, l’introduction est une partie didactique mise en scène, où sont livrés au public des informations historiques, d’autre part le film en images de synthèse permet de plonger littéralement dans l’histoire de ce lieu, et enfin, une partie plus « théâtre » rend hommage à un auteur célèbre ayant vécu une partie de sa jeunesse à « Riom qui jouxte Clermont » : Pierre Carlet, alias Marivaux. La fin du spectacle est rythmée, jubilatoire, portée par la comédienne Valérie Larroque et quatre garçons « dans le vent » : Emmanuel Chanal, Jean-Luc Guitton, Christophe Luiz et Dominique Touzé.

Le spectacle « 1759, ça commence la Comédie ! » a été créé en février à la Cour des Trois Coquins, à Clermont-Ferrand, mais le public devrait le retrouver en mars 2011.

Wakan Théâtre
30 rue Pierre-le-Vénérable  63000 Clermont-Ferrand
Tél. 04 73 14 23 06
E-mail : wakan-theatre@wanadoo.fr


De nombreux témoignages d’époque

Parmi les nombreux témoignages écrits par des personnes plus ou moins proches de l’univers du théâtre, au milieu du XVIIIe siècle à Clermont-Ferrand, on retiendra des appréciations plus ou moins flatteuses (souvent moins…). La pièce du Wakan Théâtre est parsemée d’extraits issus de documents d’archives, qu’il est souvent amusant de parcourir. En voici quelques-uns.

Discours d’ouverture de la Société littéraire de Clermont-Ferrand par l’avocat Queriau (25 août 1747) :
« Jadis, on remarquait une différence choquante entre le style de Paris et celui de la Province, (…) mais aujourd’hui en France tout est assez à l’unisson, et si la Capitale conserve toujours une juste supériorité sur les Provinces, on peut dire en général que les Provinces font honneur à la Capitale et qu’elles rendent sa Primauté glorieuse. »

Témoignage de Dulaure, historien voyageur (1789) :
«  L’Auvergnat qui a du talent ne pourra guère compter sur l’estime de ses concitoyens. C’est au loin qu’il devra travailler à sa gloire et à celle de son pays. Quant à l’homme qui s’adonne aux Lettres, s’il est riche on n’ose pas pas le trouver « original » en face, mais on le pense. S’il est pauvre, on s’en moque. Si les arts fleurissent un jour à Clermont, ce ne sera pas sans mal qu’ils y auront pris racine. Les grandes fortunes y sont rares et les riches ne se piquent point d’être les protecteurs des arts. »

Lettre au rédacteur de La Feuille hebdomadaire pour la Province d’Auvergne (26 avril 1781) :
« Dans ma Société l’on agita hier cette question : La Comédie est-elle nuisible ou avantageuse à Clermont ? Je ne vous dissimulerai pas que ma Société est composée de bonnes gens, dont la vieille façon de penser paraîtra ridicule aux Merveilleux du jour. La majeure partie de notre assemblée prétendit que la Comédie corrompait (certainement) les mœurs de la jeunesse de notre petite ville, par l’exemple d’une vie licencieuse, qui est toujours celle que mènent la plupart des acteurs et actrices. »

Réponse d’un rédacteur de La Feuille hebdomadaire pour la Province d’Auvergne (3 octobre 1789) :
« Si nous n’avons plus d’acteurs excellents, il en est encore de passables, auxquels nous devons avoir la plus grande obligation. Heureux lorsque l’on rencontre une troupe qui a de l’ensemble ! C’est l’avantage dont on jouit au moment actuel dans Clermont. Les acteurs connaissent la scène, ont beaucoup d’intelligence, disent très bien, ont un costume riche à la vérité, mais sévère. Il y a parmi eux des hommes d’un talent rare. Une des actrices ne leur cède point. Enfin c’est au total la meilleure troupe, prise collectivement, que l’on ait vu sur notre théâtre. »

Un inspecteur des théâtres :

« Les représentations sont constamment interrompues par les sifflets, et les acteurs qui ont encore des talents les perdent par les désagréments qu’ils éprouvent ; et ils font de leur art un métier pauvre et honteux. Quant aux rares spectateurs cultivés, insensibles aux efforts de la troupe devant laquelle ils baillent, ils songent avec regret aux acteurs d’élite qu’ils ont vus à Paris dans les mêmes rôles ; et tandis qu’au parterre, peuplé de pauvres gens qui naissent et meurent à l’ombre de leur clocher, on rit et l’on pleure, lui murmure tout bas : Ah la Clairon, comme elle disait ce vers ! Ah Raconi comme il chantait ce morceau ! Ah Talma ! Ah Lekain !… Et la soirée toute entière passe en lamentations… »

La Feuille hebdomadaire pour la Province d’Auvergne (29 juin 1780) :

« Lorsque le sieur Aufresne vint à Clermont, il était parmi ses camarades comme un géant environné de pygmées ; la disproportion était trop grande pour n’être pas aperçue. Mais ce qui prouve la finesse du goût des habitants de cette ville, c’est que les qualités du sieur Aufresne furent connues plus de deux mois avant la critique amère du journaliste de Paris. Nos amateurs rendirent justice au jeu de ce comédien ; ils y trouvèrent des beautés que Monsieur de la Harpe n’avait point vues ou feignait de ne pas voir. L’accueil que l’on a fait à Mademoiselle Girardin, les applaudissements multipliés qu’elle a reçus doivent prouver à cette excellente actrice qu’il est en Auvergne des connaisseurs. »

Lettre de la grande Rachel à son ami comédien Samson (écrite depuis Clermont le 30 juillet 1849) :
« Ah mon cher Samson, comme je me repens de ne vous avoir pas consulté pour former une troupe de voyage !… Quel supplice de jouer ainsi la tragédie ! D’entendre à côté de soi un malheureux qu’on écrase à force de sifflets !… Je vous quitte mon ami. J’ai encore cet après-midi une répétition… Allons ! Il faut encore souffrir, ils sont si mauvais !… »
Je réagis
« 1759, ça commence la Comédie ! »

Rubriques

Portrait

Alice Geneste

Alice Geneste
Alice mais bien cramponnée

Tous les portraits

Echappée

L'Auvergne, terre équestre

L'Auvergne, terre équestre
Le cheval semble être fait pour l’Auvergne....

Toutes les échappées

Votre avis nous intéresse

Dossiers

Retrouvez les dossiers leader de chaque rubrique

Tous les dossiers

Tchatez

Désormais vous pouvez poser vos questions à René Souchon à tout moment sur : www.auvergne.eu

En savoir Plus

Articles les plus commentés

Articles les plus lus

Les sites de la région

Sur auvergne.info, retrouvez ce qui se passe en Auvergne : dans le prolongement du magazine Miam, les débats de société qui mobilisent les Auvergnats ; portraits de citoyens en vue... ; l'actualité en Auvergne et le fil de l'Agence France Presse.....
Je m'inscris Mot de passe oublié
Je m'inscris