Cordès
L’intimité d’une architecture végétale
Pour un jardinier comme pour un architecte, une contrainte permet souvent de se surpasser pour donner le meilleur d’un lieu. Dans le Puy-de-Dôme, non loin de l’église romane d’Orcival, le jardin de Cordès ne pouvait obéir aux canons du XVIIe siècle qui imposaient que la cour d’apparat s’ouvrît devant le château, tandis que le jardin d’agrément se cacherait à l’arrière. Car le bâtiment est ici édifié au bord d’un ravin.
Le jardinier s’est alors libéré de l’obstacle en superposant cour et jardin à l’avant de l’édifice. Celui qui parvient au château traverse donc le jardin en son milieu. Mais pour préserver l’intimité de ce dernier, l’allée est creusée à un niveau inférieur. Et cet aménagement astucieux escamote les allées et venues de visiteurs qui, eux-mêmes, n’ont pas conscience du jardin qui les surplombe. Volume plus que surface, ce jardin n’est pas un simple tapis végétal mais une architecture. Doublées ou même triplées pour gagner en épaisseur, les haies abritent des chambres de verdure* propices à l’intrigue ou au badinage. Témoins d’une vie raffinée qui se tenait dans ce pays austère et rude, elles guident la déambulation par le moyen de corridors branchus.
Au contraire du modèle versaillais qui sans conteste a inspiré Cordès, il n’y a pas ici trace de grandiloquence. Ce n’est pas la perspective d’un paysage maîtrisé qui a été recherchée mais un théâtre invitant à l’introspection. Alors que l’intérêt de bien des jardins tient à la multiplicité des espèces ou à leur exotisme, l’efficacité est ici trouvée dans la simplicité du vocabulaire. Des bordures de buis encadrent topiaires d’ifs et rosiers rouges. Autour s’élèvent des hêtres marcescents, feuillus toujours, bruns ou verts, que le temps soit à la neige ou au soleil de juillet. Modestie et désir d’envelopper le promeneur d’un vert cocon ont conduit à renoncer au “point de vue”. Seule concession à ce parti intimiste, une brève échappée vers le puy de Dôme.Encore est-elle offerte depuis un boudoir de frondaison en forme d’amande ou de clin d’oeil. Créé au XVIIe siècle, le jardin est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques. Il précède un château construit au XIVe et remanié jusqu’au XVIe, dont une partie se visite.
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