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Coco Chanel en mode Mademoiselle

En disparaissant en 1971, âgée de 88 ans, Gabrielle Chanel, dite Coco, tirait le rideau sur une vie dont elle-même faisait un récit fantaisiste.

Finir sa vie dans un hôtel allait bien à celle qui a toujours été une nomade. Gabrielle Chanel est née en 1883, à Saumur parce que son père se rêvait marchand de vin et avait entraîné la famille dans cette région viticole. Jeanne, couturière, et Albert, marchand forain, se sont probablement mariés après la naissance à Aubenas, en 1882, de Julia, la sœur aînée de Gabrielle. Mais la famille regagne d’ailleurs le Massif central, fait une brève étape à Issoire, où nait Alphonse en 1885 et Guéret, Lucien y voit le jour en 1889. Six enfants sont nés, avec Antoinette en 1887, et Augustin en 1991, qui meurt en bas âge, lorsqu’on retrouve les Chanel à Courpière. Jeanne y a encore son père pour la soutenir. Pour ce qui est d’Albert… Coureur, plus bambocheur qu’homme d’affaires, il délaisse Jeanne, sauf s’il a besoin de son aide dans son commerce. Usée par les grossesses et une vie de misère, Jeanne meurt en 1895 à Brive. Elle a 33 ans. Les garçons sont placés dans des fermes. Les filles ont un sort un peu plus enviable. On les envoie au monastère d’Aubazine, un orphelinat catholique à 14 km de Brive. Des 6 années passées là, Chanel ne parlait pas. Son père était parti faire fortune en Amérique, racontait-elle, et il l’avait confiée à des tantes, qu’elle localisait tantôt à Thiers, tantôt au Mont-Dore.

Chapeaux et chevaux

Les sœurs d’Aubazine lui enseignent la couture et la broderie. L’architecture cistercienne du monastère dans lequel elle passe son adolescence prépare aussi son œuvre : Chanel dénoncera toujours l’ornementation et le joli. Il y a les religieuses, dans leur tenue noire et blanche, couleurs qu’elle imposera dans la mode, comme elle ne cessera de détourner coupes ou matières des uniformes pour les faire entrer dans la vêture civile.

A 18 ans, Gabrielle est placée dans une boutique de confection à Moulins, en Auvergne. La jeune cousette s’essaie à la scène. Au caf’conc la Rotonde, elle aurait gagné son surnom en chantant « Qui qu’a vu Coco » ? Peut-être a-t-elle rencontré là le premier homme qui compte dans sa vie, Etienne Balsan. Ou était-ce à Vichy où elle va s’établir vers 1906 ? Balsan est un fils de famille entièrement acquis à sa passion des chevaux, des femmes et de l’amitié. Il se déplace avec une bande dans laquelle la jeune Coco est admise. En 1907, elle vit chez lui à Royallieu, près de Compiègne, où il élève des chevaux. Bonne cavalière, elle le suit dans ses déplacements, prend part aux parties de chasse. Puis vers 1909, elle quitte Balsan pour Arthur Capel, Boy pour ses amis, un Anglais qui a fait fortune dans le négoce du charbon. Elle découvre Paris, pratique la gymnastique et la danse puis veut travailler. Elle a pris l’habitude de confectionner ses chapeaux. Boy loue pour elle un local 21 rue Cambon, derrière la place Vendôme, où elle vend ses créations. Et ça marche. Bientôt, elle commercialise quelques vêtements. Puis ouvre une succursale à Deauville. Nous sommes en 1913. Elle a 30 ans.

Gabrielle Chanel née à Moulins dans l'Allier

Cheveux courts

Lorsque la guerre éclate, la boutique de Deauville reste ouverte. La surprise passée et Paris menacée, les élégantes se replient dans leurs villégiatures de Normandie. Chanel séduit, avec ses créations simples et pratiques, qui laissent le corps libre de ses mouvements. Chères toutefois, c’est à cette condition qu’on est pris au sérieux. Encouragée, elle ouvre dès 1915 un nouveau lieu à Biarritz, loin du front. A la fin des hostilités, elle est à la tête d’un joli pactole et emploie quelques 400 ouvrières. Et puis alors cette audacieuse a… coupé ses cheveux. Sur les femmes la chevelure « pèse comme la famille », expliquera-t-elle. Boy épouse une aristocrate, mais ne sort pas de la vie de Chanel, laquelle fréquente aussi le dramaturge Henry Bernstein.

Les années 20 sont celles de la montée en puissance. Ses affaires marchent bien. Sa meilleure amie est Misia Sert, modèle – et plus quand affinités – de Vallotton, Bonnard, Renoir, Vuillard. C’est la femme de José-Maria Sert, peintre en vogue alors. Le couple présente Chanel à Serge de Diaghilev, par qui elle rencontre Igor Stravinsky, avec lequel elle entame une liaison. Costumière de théâtre, elle côtoie Picasso, Cocteau. Vers la fin des années 20, elle est la maîtresse du duc de Westminster qu’on dit l’homme le plus riche d’Angleterre, et après lui, du poète Pierre Reverdy. Un buffet est dressé en permanence dans ses propriétés de Normandie, du Sud-Ouest, sur la Côte d’Azur, car il y a toujours du monde. A Paris, elle a acheté pour l’entreprise plusieurs numéros de la rue Cambon. Elle préside les sociétés de production Tricots Chanel et Tissus Chanel. Elle lance aussi une ligne de bijoux. Enfin, il y a le parfum. Grâce à son Numéro 5, elle devient immensément riche. Même Hollywood la veut. Elle fait un aller-retour, le temps d’habiller l’icône Gloria Swanson dans « Ce soir ou jamais » mais ne quitte plus Paris, où elle est son maître.

Le Ritz nid d’espions

Pour l’édification de sa légende, les années 30 sont moins fastes. Tandis que les affaires ralentissent, Iribe entre dans sa vie. Cet illustrateur talentueux a des idées douteuses. Nationaliste et réactionnaire, il entraîne Gabrielle que sa nature porte facilement aux extrêmes. Chanel souhaitait peut-être l’épouser mais Iribe meurt d’une crise cardiaque en 1935. Il a pu encourager Chanel à affronter les frères Wertheimer, avec lesquels elle est associée très minoritaire pour la commercialisation de ses parfums. Elle s’estime lésée et multiplie contre eux les procédures. Pendant la guerre, elle se porte candidate à la reprise de l’entreprise alors que les Wertheimer se sont réfugiés aux Etats-Unis et que leurs biens sont "aryanisés", ce qui signifie qu’on les en dépouille. Elle ne parvient pas à ses fins. Mais ce n’est pas tout.

A la déclaration de guerre, Chanel a fermé la maison de couture, licencié tout le monde. Elle vit au Ritz, occupé par les Nazis, auxquels elle a dû abandonner sa vaste suite sur la place Vendôme. Elle fréquente donc de près l’occupant dans les rangs duquel elle a trouvé son nouvel amant, un espion, beau gars, plus jeune qu’elle. Grâce à lui, à d’autres personnes peu recommandables, et grâce aussi à l’argent, elle fait libérer André Palasse, le fils orphelin de sa sœur aînée, qui était prisonnier en Allemagne. Enfin, le plus rocambolesque : en 1943, l’armée du IIIe Reich subit de tels revers que des dignitaires nazis échafaudent le projet d’une paix avec l’Angleterre pour contrer ensemble l’invasion de l’Europe par les Soviétiques. Et pour jouer les « go-between », on voit Coco Chanel, qui côtoyait Churchill du temps de sa liaison avec le duc de Westminster. Elle part à Madrid mais le projet est éventé et sa mission échoue.

Chic toujours

A la Libération, on lui demande quelques explications. Il semble que l’agent britannique du MI6 chargé de l’interroger tombe sous le charme de cette vielle dame embijoutée de laquelle émane une telle énergie. Elle n’est pas réellement inquiétée mais quitte Paris, séjourne en Suisse ou sur la Côte d’Azur, vivant dans la crainte que le scandale éclate. Parfois elle est victime de chantage. Et puis en 53, elle rentre à Paris, rouvre sa maison de couture, présente une collection. Qu’elle soit mal accueillie ne décourage pas cette femme de 70 ans. Ses concurrents ont enflammé la planète mode avec le new-look, bientôt la presse célèbre le retour du Chanel-look. Coco Chanel n’a plus cessé de travailler jusqu’à sa mort, au Ritz.

(1)Les informations de cet article sont tirées de « L’irrégulière », d’Edmonde Charles-Roux (1974), de « L’allure de Chanel », de Paul Morand (1976), et de « Notre Chanel », de Jean Lebrun (2014). Ce dernier ouvrage est édité par Bleu autour, éditeur de Saint-Pourçain-sur-Sioule, avec le soutien de la Région Auvergne.

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