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Les frères Michelin ont « bu les obstacles »

Edouard l’artiste qui s’est révélé un entrepreneur inventif et avisé, André qui n’a cessé d’avoir un coup d’avance… Tels étaient les profils des frères Michelin qui, dit-on, se complétaient autant qu’ils s’aimaient : au point de fabriquer ensemble, en quelques décennies, un mastodonte de l’industrie.

La saga de la grande manufacture auvergnate prend racine dans un heureux hasard qui s’est glissé au moment opportun dans l’histoire familiale. L’aventure Michelin commence bien plus tôt qu’avec Edouard et André, et grâce à une femme…

Notaire royal ruiné par la révolution de 1830, Aristide Barbier, le grand-père des frères Michelin, part quelque temps travailler dans une sucrerie en Guadeloupe, puis rentre en France retrouver son cousin et ami Edouard Daubrée, capitaine démissionnaire des Chevaux-Légers du Roi. Les deux cousins décident d’ouvrir une raffinerie de sucre de betterave sur les bords de l’Allier, aux Martres-de-Veyre, qu’une crue ne tarde pas à engloutir. En 1832, on retrouve l’enseigne « Barbier et Daubrée » associée notamment à la fabrication de machines agricoles et de matériel pour l’industrie sucrière. Elisabeth Pugh Parker, jeune épouse d’Edouard Daubrée et par ailleurs nièce du chimiste écossais Charles Macintosh qui avait découvert la solubilité du caoutchouc dans la benzine, prie son mari de lui permettre d’occuper un coin de l’usine pour fabriquer, avec quelques ouvrières, des balles en caoutchouc. L’initiative est couronnée de succès. En 1833, Aristide Barbier parle déjà dans une lettre prémonitoire de l’éventualité de fabriquer « la garniture des roues pour voitures légères ». Vers 1860, l’entreprise compte environ 400 employés.

« Démontable par un imbécile »

Mais 25 ans plus tard, l’usine se trouve au bord du gouffre. L’entreprise « J.-G. Bideau et Cie » porte le nom du notaire qui l’a reprise, un homme dépourvu de compétences. Edouard et André Michelin, les fils d’Adèle, fille cadette d’Aristide, sont alors bien loin de ce monde des affaires. Edouard apprend la peinture dans l’atelier de William Bouguereau, tandis qu’André, qui fréquente l’école des Beaux-Arts en espérant embrasser la profession d’architecte, bifurque vers un emploi de sous-chef du service de la Carte de France. Il n’aurait plus supporté l’odeur du tabac de ses camarades… Il opère un nouveau changement de cap encore pour rejoindre les Travaux publics et la fabrication de charpentes métalliques.

C’est à nouveau une femme qui fait obliquer le destin de la famille : Emilie Barbier, fille d’Aristide, dite « Tante Mage ». Lors d’un conseil de famille, elle impose Edouard comme repreneur de l’entreprise familiale et accompagnera financièrement son retour à la prospérité. Edouard a 30 ans quand, en 1889, la firme est rebaptisée « Michelin et Cie ». Son frère André, retenu à Paris par son travail, ne peut que l’aider en pointillés.

En 1891, Edouard s’intéresse à la fabrication de caoutchoucs pour bicyclette, afin d’améliorer la découverte réalisée par John Boyd Dunlop en 1888, le pneumatique rempli d’air, mais qui n’est pas démontable. Il confie à son ingénieur la mission de créer une chambre à air, « démontable en un quart d’heure par un imbécile et non par un mécanicien ». La course cycliste Paris-Brest-Paris lui donnera l’occasion de faire prospérer ce nouveau produit : le 8 septembre 1891, le cycliste Charles Terront gagne cette course de 1 220 kilomètres sur ses pneus Michelin. Le nouveau challenge à relever consiste désormais à équiper en pneus l’automobile naissante, dont les châssis sont malmenés et la vitesse limitée du fait de leur trépidation. C’est à nouveau une course qui permet aux frères Michelin de montrer leur savoir-faire. Faute d’avoir trouvé des pilotes qui osent prendre le volant du drôle de prototype qu’ils ont conçu pour l’occasion, un quadricycle équipé d’un moteur de bateau qui tient péniblement la route, ils participeront eux-mêmes au Paris-Bordeaux de 1895. Bien que bons derniers, ils passent la ligne d’arrivée et font la preuve de l’efficacité de leur invention.

André et Edouard Michelin
André Michelin à gauche, et Edouard Michelin à droite, mains croisées.

Comme aux États-Unis

Les courses, dont la fameuse Gordon-Bennett ou la Vanderbilt aux Etats-Unis, leur donneront l’occasion de promouvoir leurs avancées technologiques. En 1900, Michelin invente « la Carpe », un pneu strié, en 1905, « la Semelle », renforcée de cuir et rivetée, en 1913, « la Roue acier démontable », ancêtre de la roue de secours, en 1917, « le RU ou Roulement universel », premier pneu en gomme noire. De quelques dizaines d’employés en 1889, l’entreprise est passée à plusieurs milliers en 1910 pour atteindre un effectif de 15 000 à la fin des années 20. La nouvelle usine de Cataroux, la plus grande unité de production Michelin, est sortie de terre et Michelin exporte la moitié de ses pneus.

Patron exigeant avec ses employés, Edouard se soucie également d’eux. Il incite ses cadres à écouter les doléances des ouvriers. Sa femme Marie-Thérèse, nouvelle femme de tête qui comptera dans la famille, le poussera à aider financièrement les familles nombreuses pendant la Première Guerre mondiale et à faciliter leur embauche. En 1910, la Société coopérative du personnel des établissements Michelin est créée et son premier magasin voit le jour près de l’usine des Carmes, prélude à l’ouverture, quelques années plus tard, d’un restaurant où l’on se sert soi-même, comme aux Etats-Unis.

Des guides, des bornes, des poteaux…

André est obsédé par la circulation automobile qui pourra assurer le développement de la firme. En 1900, le Guide Michelin, remis gratuitement aux conducteurs, détaille en 400 pages comment changer un pneu, donne les adresses des « stocks Michelin », signale les hôtels confortables. En 1910, est éditée la première carte routière au 1/200 000e, consacrée aux environs de Clermont-Ferrand. Trois ans plus tard, 47 cartes Michelin couvrent tout le territoire. A partir de 1908, André propose déjà aux automobilistes de leur fournir l’itinéraire de leur choix. Il sera à l’initiative du numérotage des routes dès 1912 et pose des milliers de poteaux et de bornes aux carrefours à la fin des années 1920. Les Guides rouges se développent en France et à l’étranger. Et déjà apparaît ce qui sera une préfiguration des Guides verts…

André, esprit « mobile, ardent, imaginatif », disparaît en 1931 alors que la crise s’étend en Europe. De 16 500 employés en 1929, le nombre de Bibs clermontois tombe à 8 000. Michelin ne baisse pas les bras : la « Micheline » est créée, qui assurera le transport sur les lignes ferroviaires secondaires pendant des décennies, et Michelin prend la direction de l’entreprise André-Citroën. Mais le « technicien éminent, tenace, plein de clairvoyance et d’ingéniosité » qu’était Edouard est fatigué et rêve de passer la main à ses enfants. Malheureusement, ses deux fils, Etienne et Pierre, meurent successivement en 1932 et 1937. Ce sera son gendre, Robert Puiseux, qui prendra sa succession, en attendant que le petit François, fils d’Etienne, ait l’âge requis pour poursuivre cette véritable aventure familiale.

Pour tout savoir sur « L’Aventure Michelin » : www.laventuremichelin.com

Photo : © Michelin (sur la photo, André est à gauche, et Edouard à droite, mains croisées)

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