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Albert Londres, l’exilé perpétuel

Il disait aimer le voyage « comme on fume l’opium ». Il était l’homme pressé, qui jamais ne prenait le temps de s’asseoir, tant les malheurs du vaste monde réclamaient son œil et sa plume. Albert Londres, le Vichyssois toujours partant et toujours revenant, incarne aujourd’hui plus que jamais l’archétype du grand reporter libre et engagé en journalisme, comme d’autres le sont en religion.

On dit de lui, qui détestait les mondanités, qu’il est le Prince des reporters. Si Albert Londres a fondé une dynastie, c’est celle des journalistes avec un grand J, affranchis des codes et des interdits, ouvrant par la qualité de ses reportages des voies de communication à travers le monde entier. Dans sa manie de sauter d’un train à un autre, il voyait un héritage de ses ancêtres : « Mon aïeul paternel était colporteur, moi je suis un chemineau. » Lui colportait les nouvelles…

Le nom de Londres, loin d’être un pseudonyme, viendrait de Loundrès, « L’Honoré ». Labarthe-Rivière, en Haute-Garonne, semble être le berceau de la famille. Baptiste, le grand-père d’Albert, quitte les Pyrénées pour Vichy où il s’installe comme marchand de toiles rue de Nîmes (actuelle rue Georges-Clemenceau). Jean-Marie Baptiste, son fils, et Florimonde, son épouse, travailleront ensuite aux côtés de la grand-mère d’Albert dans la boutique de linge de maison familiale. Plus tard, quand Albert Londres aura le statut de « correspondant permanent du monde », le couple tiendra une pension de famille au numéro 18 de la rue du Maréchal-Galliéni, la « Villa italienne ».

Albert Londres, l'exilé perpétuel

Eternellement libre

Florimonde donne naissance à Albert le 1er  novembre 1884, au numéro 2 de la rue Besse. L’enfance d’Albert est marquée par une scolarité médiocre : à l’école Saint-Joseph de Vichy, puis au pensionnat Saint-Gilles de Moulins, le jeune Albert est curieux mais rétif à l’effort continu. Déjà, il est toujours « ailleurs »… À 17 ans, on l’envoie à Lyon s’essayer au métier de comptable. Sans succès. Il « monte » à Paris en 1903. On le retrouve en 1905 installé à l’hôtel de l’Univers, un hôtel minable de la Cité bergère, avec la femme qu’il aime, Marie Laforest, qu’il appelle Marcelle, et leur petite-fille Florise. Albert a trouvé un emploi de correspondant parisien pour le journal lyonnais Le Salut Public, et vient de publier, à 20 ans, son premier recueil de poésie, Suivant les heures.

En novembre, Marcelle est hospitalisée pour inanition. Elle meurt brutalement, alors que Florise a moins d’un an. Albert Londres ne se remettra jamais de sa mort. Dès lors, « il sera un homme à femmes, c’est-à-dire un homme sans femme », analyse son biographe Pierre Assouline. S’il lui arrivera d’entendre parfois « sonner dans son cœur le glas de la solitude », ce veuvage marquera le début de sa vie de reporter éternellement libre.

Albert confie Florise à ses parents, qui passent l’hiver à Paris, l’été à Vichy. En 1906, il quitte Le Salut Public pour Le Matin, qui le charge de suivre l’actualité au Palais Bourbon et au Quai d’Orsay. En 1908, il publie un nouveau recueil de poèmes, L’âme qui vibre, suivi de Lointaine, en 1910, et de La Marche à l’étoile en 1912.

C’est avec l’entrée en guerre qu’Albert Londres entrera, lui, dans sa véritable carrière. Nommé correspondant de guerre, il couvre l’incendie de la cathédrale de Reims le 19 septembre 1914. Dans ce premier article portant sa signature résonne déjà sa prose vibrante en quête de l’image la plus parlante : « Elle est debout mais pantelante… […] Les pierres se détachent d’elle. Une maladie la désagrège. Une horrible main l’a écorchée vive. »

Mort accidentelle ou assassinat ?

Début 1915, Albert Londres part pour les Dardanelles, en Turquie, pour Le Petit Journal. Il a claqué la porte du Matin qui lui refusait la mission. C’est le début d’une série de départs en fanfare des rédactions qui le contrarient dans ses projets ou osent caviarder ses textes. Au directeur du Quotidien qui lui reprochera de ne pas suivre la ligne éditoriale du journal, il répondra, plus « chemineau » que jamais : « Un reporter ne connaît qu’une seule ligne, celle du chemin de fer ! »

Albert Londres écrit son premier article de Grèce, où il devient agent de renseignements pour l’Etat français, fait courant pour les reporters de guerre à l’époque. Il part ensuite pour les Balkans, découvre les massacres et les charniers en Serbie. Pour acheminer ses articles, il n’hésite pas à passer 18 jours à cheval, à pied ou en camion entre la Serbie et Salonique. Il va au plus près des combats. Il racontera être resté 11 jours au front sans se déshabiller et avoir vu un obus tomber à 5 mètres de lui.

À l’été 1917, il rentre en France. La guerre finie, il est envoyé en Espagne et en Italie. Pour son impertinence dans le récit des conditions de paix négociées avec l’Italie, Clemenceau exige son licenciement du Petit Journal. Il devient envoyé spécial pour L’Excelsior. Premier journaliste français à pénétrer dans la Russie des Soviets, il exposera le vrai visage de Lénine et de Trotski. En 1922, on le retrouve au Japon, en Chine, dans l’Inde de Gandhi. Il revient en France l’année suivante pour intégrer Le Quotidien. Mais l’article qu’il signe sur l’occupation de la Ruhr par les Français ne plaît pas à la direction. Il part pour Le Petit Parisien.

 

S’ensuivront des « papiers » sur des sujets brûlants, le plus souvent couplés avec la parution de livres sur le même thème : les bagnards de Guyane et les biribis d’Afrique du Nord, la condition des malades dans les asiles, la traite des blanches en Argentine, la condition des noirs d’Afrique, la communauté juive de Palestine, etc. Le Petit Parisien se refuse à le renvoyer en Chine. Embauché par Le Journal qui double sa rémunération, il y part. Début 1932, alors qu’il enquête sur un trafic de drogue et d’armes et ses ramifications politiques, il s’embarque in extremis pour la France sur le Georges-Philippar. Dans la nuit du 15 au 16 mai, le bateau prend feu non loin de la Mer rouge. Phobique de l’eau, Albert Londres est réfugié dans sa cabine dont il refusera vraisemblablement de sortir. Il meurt à 47 ans, dans un incendie dont on peut craindre l’origine criminelle.

Une Maison Albert-Londres

Effectuant très régulièrement des sauts de puce à Vichy pour y voir sa fille, Albert Londres restera attaché à son Bourbonnais natal. Un joli rêve, sa comédie en un acte et en vers, remportera un succès au théâtre de Vichy en septembre 1911. A l’époque, il fait chaque mois des dîners avec ses amis vichyssois à la Taverne de l’Observatoire, sur la rive gauche. Il s’inquiète, dans ses lettres à son père, de l’actualité municipale, comme la décision de construire une nouvelle mairie.

Le 16 mai 1933, le 1er prix Albert-Londres est attribué à l’initiative de Florise Martinet-Londres, sa fille, récompensant le meilleur grand reporter de la presse écrite. Depuis de nombreuses années, l’association « Regarder… Agir pour Vichy et ses environs » s’est battue pour sauver la maison natale d’Albert Londres. Grâce à un fonds de dotation, la bâtisse a pu être rachetée en juillet 2014. En projet, un auditorium au rez-de-chaussée, un centre de ressources au premier étage, l’accueil de reporters venus partager leur expérience et de journalistes en résidence, auxquels sera proposée une aide à la rédaction ou à la réalisation. Les travaux de réhabilitation, estimés à 300 000 €, devraient démarrer courant 2015.

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